Pin’s de collection : les séries qui ont marqué les passionnés

En 1990, on produisait trois millions de pin’s par mois en France. Et chaque semaine, environ huit cents nouveaux modèles voyaient le jour. La pin’s mania n’a duré que cinq ans, entre 1987 et 1992, mais elle a laissé derrière elle des montagnes de petits objets en métal émaillé qui dorment encore dans les tiroirs ou s’échangent en vide-grenier.
Le pin’s de collection traîne aujourd’hui une réputation contrastée. Les prix se sont effondrés, c’est vrai. Un pin’s lambda part à 10 centimes en brocante, parfois 50 centimes pour les plus jolis. Mais certaines séries gardent une vraie cote et continuent d’attirer les collectionneurs. Pourquoi celles-là et pas les autres ? Question d’histoire, de rareté, de fabricant aussi.
Voici les séries qui font encore parler dans le milieu, avec ce qui les distingue et ce qu’on peut espérer y trouver.
Roland Garros, la série fondatrice des pin’s de collection
Toute la pin’s mania française remonte à un cadeau. En 1986, des journalistes de NBC Sports offrent à Gilles Bertoni, responsable marketing de Roland Garros, un petit pin’s avec leur logo arc-en-ciel. Il le porte sur ses vestes. Il aime bien. L’année suivante, il lance la ligne Roland-Garros – Ray Ban et offre un pin’s pour tout achat d’une paire de lunettes. Submergé par les demandes.
À partir de 1987, Roland Garros édite chaque année ses propres pin’s. La maison Arthus-Bertrand, fondée en 1803 et spécialisée jusque-là dans les médailles militaires, en fabrique les premiers exemplaires. Nicolas Arthus-Bertrand était d’ailleurs un ami personnel de Bertoni.
Les pin’s Roland Garros anciens (1987-1995) restent dans le haut du panier. Comptez plusieurs dizaines d’euros pour les modèles les plus rares, parfois davantage pour les séries d’avant 1990. Les amateurs cherchent surtout :
- Les pin’s édition limitée pour la presse et les V.I.P.
- Les pin’s en relief avec la raquette et les balles, en zamak émaillé
- Les variantes de couleurs sur un même modèle (chaque journée du tournoi avait sa teinte)
Pour ceux qui débutent, c’est une porte d’entrée intéressante. La série est bien documentée, les pin’s authentiques se reconnaissent au revers signé Arthus-Bertrand, et la cote ne s’écroule pas comme sur d’autres thèmes.
Disney et Disneyland Paris, une collection qui ne s’arrête jamais
Disney édite des pin’s de collection en continu depuis l’ouverture d’Euro Disney en 1992. Trente-quatre ans plus tard, la production ne ralentit pas. C’est probablement la série la plus active dans le monde du pin’s, avec un marché secondaire structuré, des conventions d’échange officielles et des plateformes dédiées comme PinPics.
La force de Disney, c’est la diversité. On y trouve des pin’s saisonniers (Halloween, Noël, anniversaires de parcs), des séries limitées dites L.E. (Limited Edition) numérotées de 250 à 5000 exemplaires, des pin’s événementiels (sorties de films, premières) et des pin’s Cast Member réservés aux employés.
Côté valeur, les écarts sont énormes. Un pin’s Disney standard se trouve à 5 ou 10 euros sur eBay. Mais une série limitée Disneyland Paris de 250 exemplaires, sortie pour les 25 ans du parc en 2017, peut grimper à plusieurs centaines d’euros si elle reste scellée dans son emballage d’origine.
Quelques pièges classiques sur cette série. Les contrefaçons chinoises (qu’on appelle scrappers dans le jargon) inondent les marchaplaces depuis dix ans. La règle de base : un pin’s Disney authentique à un dos parfaitement lisse, sans bavure, avec le code de série gravé en relief. La peinture est posée en émail dur, pas en résine époxy translucide.

Les pin’s de collection olympiques : Albertville et avant
Les Jeux Olympiques ont fait du pin’s une tradition d’échange entre athlètes et spectateurs. Tout est parti des J.O. d’été à Los Angeles en 1984. Budweiser, sponsor officiel, avait installé une tente d’échange dans le village olympique. Le succès a dépassé toutes les attentes des organisateurs.
En France, c’est Albertville 1992 qui reste la référence. Quatre pin’s reprenaient les chiffres de l’année, en zamak doré, à assembler côte à côte. Le COJO (Comité d’organisation) avait validé près de quatre cents modèles officiels sur la durée des Jeux. Les sponsors (Coca-Cola, Crédit Lyonnais, Renault, La Poste) ont chacun produit leurs propres séries en parallèle.
Aujourd’hui, un pin’s officiel Albertville 1992 en bon état se négocie entre 5 et 20 euros. Les pin’s d’athlètes nationaux (équipe de France de ski, par exemple), distribués en faibles quantités au village olympique, peuvent dépasser 50 euros. Les pin’s de presse, encore plus rares, sont chassés par les collectionneurs spécialisés.
Avant Albertville, mentionnons l’ORTF qui avait créé en 1968 un insigne pour les J.O. d’hiver de Grenoble. Signé Decat, en métal émaillé, c’est un proto-pin’s plutôt qu’un vrai pin’s au sens moderne. Mais il a sa place dans toute collection sérieuse qui couvre l’histoire de l’épinglette française.
Les marques de la pin’s mania : Coca-Cola, Perrier, Renault
Ce sont les pin’s qu’on retrouve par paquets entiers dans les boîtes en fer chez les grands-parents. Coca-Cola, Perrier, Renault, McDonald’s, Nestlé, France Télécom, Caisse d’Épargne : toutes les grandes marques françaises ont édité des pin’s entre 1988 et 1993, parfois en série limitée numérotée par huissier pour empêcher les copies.
Le tableau ci-dessous donne une idée des prix moyens constatés sur les sites d’enchères en 2025-2026 :
| Marque | Série standard | Série limitée rare |
|---|---|---|
| Coca-Cola | 0,50 – 2 € | 15 – 80 € |
| Perrier | 0,50 – 2 € | 10 – 40 € |
| Renault (R19, Clio I) | 1 – 3 € | 20 – 60 € |
| Caisse d’Épargne (coffrets 8 pin’s) | 5 – 15 € le coffret | 30 – 100 € si scellé |
| Lactel (séries de 5) | 5 – 10 € la série | 25 – 50 € complète |
| Citroën (coffret) | 8 – 20 € | 40 – 80 € |
| Kodak | 1 – 3 € | 15 – 40 € |
| Oasis (illustrations Margerin) | 3 – 8 € | 30 – 60 € pour la série |
Ce qui fait la différence ? Trois critères dominent. La série complète d’abord. Un pin’s isolé d’une série Lactel ne vaut presque rien, mais les cinq réunis forment un visuel cohérent et se vendent comme un ensemble. La rareté ensuite, prouvée par un numéro de fabrication ou un certificat d’huissier. Le fabricant enfin : Arthus-Bertrand, Demons & Merveilles et Pichard-Balme produisaient des pièces de qualité supérieure (zamak épais, émail synthétique, dorure soignée), bien au-dessus des copies tamponnées à Taïwan.
Les coffrets collectors sont particulièrement recherchés. Ils étaient distribués via des jeux concours, dans certaines stations-service ou par correspondance pour les meilleurs clients. Citroën, Kodak, Lustucru et Mylène Farmer en ont produit des très beaux. Trouver un coffret encore scellé multiplie sa valeur par deux ou trois.
Pin’s BD : Tintin, Astérix, Lucky Luke
Les héros de bande dessinée francophone forment une famille à part dans le monde du pin’s. La série Tintin, en particulier, à une cote stable depuis trente ans. Elle ne s’effondre pas comme les pin’s publicitaires.
Les pin’s Tintin officiels Moulinsart se reconnaissent à leur dos signé du logo de la fondation. Plusieurs vagues ont été éditées : la première dans les années 80 par Pixi, puis plusieurs séries par Demons & Merveilles dans les années 90, et des rééditions plus récentes pour les expositions et les anniversaires (50 ans du Lotus Bleu, etc.). Les pin’s individuels se vendent entre 1 et 5 euros, mais les séries complètes (par exemple les douze pin’s reprenant les couvertures des albums) peuvent atteindre 50 ou 60 euros.
Astérix suit la même logique avec un marché moins développé. Les pin’s du Parc Astérix (ouvert en 1989) intéressent les collectionneurs de pin’s de parc d’attractions plus que les puristes BD. Les pin’s d’éditions spéciales pour les sorties cinéma (Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre en 2002 par exemple) tirent leur épingle du jeu.
Lucky Luke reste plus confidentiel. Les pin’s officiels sont peu nombreux, ce qui les rend paradoxalement plus chers à l’unité. Comptez 3 à 10 euros par pin’s, davantage pour les modèles édités à l’occasion de la mort de Morris en 2001.
Petit conseil pour cette catégorie : méfiez-vous des pin’s BD vendus en lot sur les vide-greniers. Beaucoup sont des produits dérivés sans licence, fabriqués dans les années 90 pour profiter de l’effet de mode. Ils n’ont aucune valeur de collection et ne se revendent pas.
Les séries publicitaires qui ont marqué les années 90
Au-delà des grandes marques, certaines séries publicitaires françaises ont gagné un vrai statut culte dans le milieu. Ce qui les distingue ? Un visuel marquant, un slogan repris à l’identique sur les pin’s, ou une distribution limitée à un canal précis (clients fidèles, salariés).
Quelques séries qui reviennent souvent dans les discussions de collectionneurs :
- Mir Laine et son fameux slogan, en série de quatre pin’s qui s’enchaînent : « Mir Laine, Laine MIR, lave la laine »
- Légal, huit pin’s pour la pub télé, recherchés par les amateurs de pubs cultes
- Delichoc, huit lettres qui forment le nom de la marque, à mettre côte à côte (très difficile à trouver complet)
- Ricard et Suze, sous forme de bouteilles miniatures moulées en relief
- Marie-Claire, la série petit train pour les magazines du groupe
- Oasis, illustrée par Margerin (le dessinateur de Lucien), en coffret de six pin’s
Ce qui fait la valeur de ces séries publicitaires, c’est l’effet d’assemblage. Un pin’s Delichoc isolé porte une simple lettre. Posé à côté des sept autres, il forme le mot complet : ça change tout. La série complète Delichoc se vend autour de 80 euros, contre quelques centimes pièce à l’unité.
D’où vient la patience nécessaire pour reconstituer une série. Sur Le Bon Coin ou eBay, on tombe rarement sur un coffret complet. Il faut grappiller pin’s par pin’s, parfois pendant des années. C’est aussi ce qui fait le charme de ce hobby.
Pin’s de collection des chaînes TV : la curiosité des parlants TF1
Les chaînes de télévision françaises ont produit des pin’s en quantité dans les années 90. France 2, France 3, Canal+, M6, Arte : toutes ont eu leurs séries logos, parfois en plusieurs déclinaisons graphiques au fil des changements d’identité visuelle.
Une catégorie sort du lot pour les collectionneurs : les pin’s parlants TF1. Édités au début des années 90, ces pin’s étaient distribués aux invités et aux animateurs vedettes de la chaîne. Il y en avait pour Patrick Sébastien, Patrick Sabatier, Jean-Pierre Foucault, Christophe Dechavanne… Aujourd’hui, ils se vendent entre 3 et 10 euros pièce, mais une collection complète d’animateurs des années 1990 peut grimper à plusieurs centaines d’euros.
L’autre série TV qui mérite l’attention, c’est Antenne 2. Le pin’s de 1975 reprenant le logo dessiné par le peintre Georges Mathieu fait partie des plus anciens pin’s officiels français. Il est rare et recherché par les collectionneurs qui s’intéressent à l’histoire de la télévision publique. Comptez 30 à 80 euros pour un exemplaire en bon état.
Une question revient souvent. Les pin’s d’émissions cultes (Pyramide, Sacrée Soirée, Tournez Manège) ont-ils de la valeur ? Honnêtement, pas vraiment. Ils intéressent surtout les nostalgiques et se vendent à quelques euros en lot. Sauf exception (pin’s de générique original, série limitée pour les techniciens), ce n’est pas un investissement.
Comment choisir sa série quand on démarre une collection
Pour quelqu’un qui se lance dans les pin’s de collection en 2026, plusieurs approches se valent. Tout dépend du budget, du temps disponible et de ce qu’on cherche dans l’exercice.
Si l’idée c’est de constituer une collection thématique cohérente sans casser sa tirelire, les pin’s publicitaires français des années 90 restent abordables. On peut acheter cent pin’s pour 20 ou 30 euros en vide-grenier, sélectionner les plus jolis et revendre le reste. Une collection de 200 pin’s sur le thème de l’agroalimentaire se monte facilement en deux ou trois ans.
Pour viser des pièces qui ont de la valeur dès l’achat, mieux vaut se concentrer sur une série précise. Roland Garros, Disney Limited Edition, JO Albertville : trois directions qui ont un marché actif et une cote relativement stable. Le ticket d’entrée est plus élevé (comptez 200 à 500 euros pour démarrer sérieusement) mais le risque de se retrouver avec des objets invendables est plus faible.
D’ailleurs, un point qu’on oublie souvent. La conservation compte autant que l’achat. Un pin’s stocké dans un tiroir humide va voir son émail jaunir, surtout les modèles bas de gamme couverts d’époxy. L’idéal, c’est un classeur à pochettes plastiques transparentes (les mêmes que pour les cartes Panini), gardé dans une pièce sèche. Pas de soleil direct non plus, la couleur s’estompe en quelques années.
Et puis… il y a aussi le plaisir de chiner. Beaucoup de collectionneurs vous diront que la valeur d’un pin’s n’a rien à voir avec son prix. Le souvenir du marché aux puces où on l’a trouvé, l’histoire racontée par le vendeur, l’effet de surprise quand on tombe sur la pièce manquante d’une série commencée trois ans plus tôt : c’est ça qui fait tenir sur la durée.






